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Les kurdes et le PKK

 

 

Sommaire:


 

La fin d'une épopée sanglante?

Sacrifié pour quelques tuyaux?

Géopolitique, histoire et question kurde

Abdullah Öcalan dit "Apo" et le PKK


 

Abdullah ÖCALAN dit "Apo", chef du PKK, responsable de la mort d'environ 30000 personnes a été capturé au Kenya par les services secrets turcs (MIT) lors d'un transfert des locaux diplomatiques grecs dans lesquels il séjournait depuis 10 ou 12 jours.

 

Comme toujours le PKK menace de s'en prendre à des innocents en déclarant que les touristes qui se rendront en Turquie "n'y seront plus en sécurité". On comprendrait mal toute action contre des visiteurs étrangers, à moins que le but soit de se discréditer totalement et définitivement auprès de l'opinion internationale!
 

 La capture d'Öcalan est une victoire historique du gouvernement turc sur le PKK qui sème la terreur depuis 15 ans dans le Sud-Est anatolien et croit faire avancer l'idée irréaliste de "Kurdistan" indépendant par l'éxécution de civils et d'enfants. La partie fanatisée de la diaspora kurde a réagi violemment en attaquant tout ce qui, de près ou de loin, pouvait à leurs yeux être complice de l'état turc, quelques individus se sont même immolés par le feu. Ce type de réaction devrait suffire à ouvrir les yeux de la communauté internationale sur ce qu'est en réalité le PKK, une secte maoïste violente dirigée par un psychopathe. Les kurdes en Turquie ne sont victimes d'aucun ostracisme ou racisme, la plupart sont parfaitement intégrés à la société. La "sale guerre du gouvernement turc" comme l'a écrit un journaliste du Monde Diplomatique (il faudrait qu'il m'explique ce qu'est une guerre propre!) n'est que la réaction logique d'un état menacé dans son intégrité par un groupe terroriste, ce qui n'excuse évidemment pas certaines exactions perpétrées par l'armée sur des civils.

 

Certains révolutionnaires de salon européens découvrent avec horreur que la guerre c'est dégueulasse, qu'elle n'a pas de règles et s'étonnent que celui qui a fait périr par l'épée doive subir l'épée. Comble de la bétise où du cynisme, Danielle Mitterand et son association "France Libertés" appellent à une manifestation pour la libération d'Öcalan, on croit rèver !



 

LA FIN D'UNE EPOPEE SANGLANTE?

Le 16 février 1999, lors d'un transfert, les services secrets turcs ont mis la main sur Abdullah Öcalan. Le chef du PKK était en cavale depuis que la quasi totalité de la communauté internationale avait décidé de ne plus lui offrir asile. La Grèce apparamment s'obstinait à faire exception en hébergeant le leader kurde (et non des kurdes) dans ses locaux diplomatiques de Nairobi au Kenya. Systématiquement, en vertu du principe que: "Les ennemis de mes ennemis sont mes amis" ce pays soutient ouvertement tout ce qui peut nuire à la Turquie. Le fait que certains militants du PKK à l'étranger, se croyant trahis, aient attaqué les ambassades grecques devrait inciter le pays à mieux choisir ses amis, en leur démontrant qu'il y a quelque danger à pactiser avec le diable!



 

SACRIFIE POUR QUELQUES TUYAUX ?

On ne peut, bien sûr, être affirmatif à 100%, mais il semble tout à fait vraisemblable qu'Apo aie été abandonné par la plupart de ses alliés historiques pour une histoire de pétrole! Le problème est d'amener le pétrole d'Asie Centrale dans un port où on peut faire mouiller d'énormes pétroliers.Trois solutions étaient envisagées: La solution dite "russe" d'un pipe-line Baku jusqu'à la mer Noire, puis transit, par les détroits donc, des tankers de 500 000 tonnes traversant Istanbul! On comprend que les turcs ne veulent pas en entendre parler! La solution iranienne, là, ce sont les américains qui ne veulent pas même y penser, du moins avant un bon moment! Reste la solution turque, un oléoduc Baku-Ceyhan, qui amènerait le précieux liquide en Méditerranée où les tankers évoluent déjà. Cette dernière option a la préférence de plus en plus de pays étant, certes la plus chère, mais la plus sûre d'un point de vue géopolitique, la Turquie étant un allié sûr, membre de l'OTAN. La seule épine reste le terrorisme du PKK; sachant que les anglais et américains font tout comme s'il voulaient installer une région autonome kurde dans l'Irak de Saddam, je vous laisse conclure vous-même!



 

GEOPOLITIQUE, HISTOIRE ET QUESTION KURDE.

 

Le destin de ce peuple est terrible, je suis d'accord, ils ont le droit de parler leur langue c'est indéniable, de développer leur culture, mais cela passe-t'il nécéssairement par la création d'un état Kurde qui n'a jamais existé sauf sur les cartes des alliés à l' issue du démantèlement de l'empire ottoman (Traité de Sèvres 10 août 1920), le projet n'était pas désintéressé, de la même façon qu'on a tracé des frontières artificielles dans les autres pays du moyen orient, on voulait qu'il soit impossible à jamais qu'une puissance régionale ne renaisse, afin d'avoir un certain contrôle de la manne pétrolière. Ne nous leurrons pas, les grandes puissances ne soutiennent pas les minorités par humanité où grandeur d'âme, on l'a encore vu récemment en Afghanistan avec l'aide des Américains aux talibans.

 

L'idée en Turquie d'une libéralisation fait son chemin, mais il est clair qu'elle n'acceptera jamais une partition, quel pays l'accepterai? La France a-t-elle accepté la séparation du pays basque? Pourquoi les combattants de la liberté des uns sont-ils les terroristes des autres? Est-il possible qu'un pays accepte les revendications d'une frange de sa population si l'arme du terrorisme aveugle est utilisée. L'idée de l'indépendance est-elle majoritaire chez les kurdes? Certainement pas. La violence de part et d'autre a exacerbé les passions et la haine, le sous développement économique relatif des provinces à majorité kurde aussi, mais je suis persuadé que la force ne mènera jamais à rien.

 

L'état turc s'est lancé, parallèlelement à une dure répression, dans un programme de développement du Sud-Est Anatolien (GAP) qui commence à porter ses fruits, il faut espérer qu'il acceptera de nouveau une représentation à l'assemblée des députés kurdes en échange de revendications raisonnables de leur part. Je suis persuadé qu'il y a une voie médiane entre la rigidité totale des militaires, et l'extrémisme irresponsable de certains dirigeants du PKK. Ils faut aussi que certains pays, sous prétexte de défendre des idéaux (alors qu'il s'agit en fait d'intérets beaucoup moins avouables!), arrêtent d'abriter des gens dont on sait pertinement qu'ils sont coupables d'actes de terrorisme envers des populations.

 

Encore une fois il faut poser les vrais questions, qui a intérêt à ce qu'une part importante budget de l'état turc passe dans l'entretien d'une armée démesurée, ce qui est un vrai frein au développement du pays et à sa démocratisation complète? Quels sont les pays qui abritent des bureaux du PKK et en même temps utilisent l'argument des droits de l'homme pour refuser l'entrée de la Turquie dans l'Europe?



 

ABDULLAH  ÖCALAN DIT "APO" ET LE PKK
 

 

Qui est Abdullah Öcalan?

 

Pour présenter cet homme, j'ai choisi de traduire un document émanant de Michael Radu, membre de l'Institut de Recherche en Politique Etrangère de Philadelphie.

 

Le 13 novembre 1998, la police Italienne a arrèté Abdullah Ocalan, fondateur et leader du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) à l'aéroport de Rome. Il debarquait de Moscou avec un faux passeport et, lors de son arrestation a demandé l'asile politique. Arrivant au moment où les autorités britanniques détiennent l'ex-président chilien Augusto Pinochet, qui est sous le coup d'une inculpation par un juge espagnol pour terrorisme et génocide,  l'arrestation d' Ocalan pour qui la Turquie à émis un mandat d'arrêt international, promet de soulever d'importantes questions concernant la politique européenne, les normes du droit international, et la nécessité de coopération dans la lutte contre le terrorisme.

 

Né en 1948 dans un village de la Turquie de l'est, Ocalan a étudié les sciences politiques à l' Univerité d' Ankara, où il devint maoiste. Aux environs de 1973, il a organisé un groupe maoiste - qui incluait à l'origine des militants kurdes et turcs indifféremment - dont le but avoué était la révolution socialiste en Turquie. Après quelques années consacrées à recruter et endoctriner des disciples, le PKK fût officiellement créé le 7 novembre 1978. L'année précédente, il avait commis son premier meurtre connu, celui d'un rival idéologique accusé de travailler pour le gouvernement.

 

Depuis lors, le groupe a évolué vers une meutrière insurrection contre la Turquie, atteignant l'effectif d'environ 5000 combattants en 1992. Depuis ses bases de Syrie et de la vallée libanaise de la Bekaa, Ocalan a conduit une campagne impitoyable, officiellement pour l'indépendance kurde mais aussi, comme le suggèrent des documents internes largement diffusés, pour la création ultime d'un état maoiste empiétant sur les territoires de la Turquie, l'Iran et l'Irak. (Les sceptiques peuvent se réferrer à leur site web). Les ambitions d'Ocalan ont été clairement définies en 1995 au 5ème congrès du PKK, où la "Résolution sur l'Internationalisme" établit que "en argumentant efficacement en faveur du socialisme et en répendant les idées socialistes parmi le peuple de la région, (le PKK) est l'avant-garde du mouvement socaliste global." En 1984, le PKK fut un des membres fondateur du Mouvement Révolutionnaire International (RIM) une version Maoiste  du Komintern de Lénine qui incluait aussi  le Sentier Lumineux du Pérou (Sendero Luminoso).

 

De fait, les similitudes entre le PKK et le Sentier Lumineux sont frappantes: comme le fondateur de ce dernier, Abimael Guzman, Ocalan est un maoiste ayant des ambitions de pouvoir universel; leurs actions sont particulièrement sanglantes, conformément aux us des terroristes, les victimes sont essentiellement des civils refusant de se soumettre à leurs groupes. Les instituteurs, les membres de groupes d'auto-défense des villages et les élus locaux sont des cibles privilégiées. A cette date, et depuis le début de ces opérations en 1980, le PKK est à l'origine d'une guerre qui  a tué près de 30 000 personnes (à comparer avec les 25 000 du Sentier Lumineux ). Le PKK est également responsable d'un nombre important d'assassinats de turcs en Allemagne, raison pour laquelle le gouvernement allemand a aussi émis un mandat d'arrêt à l'encontre d'Ocalan.

 

Durant presque deux décennies, Ocalan opérait à partir de la Syrie et du Liban sous occupation Syrienne. Cependant, en octobre dernier, alors que la Turquie était à la limite de la guerre avec la Syrie, Damas fit marche arrière, ferma les camps du PKK et expulsa Ocalan. Il s'envola d'abord pour Moscou, avec qui il avait entretenu d'excellentes relations pendant des années. A ce moment, le gouvernement russe nia sa présence sur son territoire, le 4 novembre la Duma vota unanimement en faveur de l'accord de l'asile politique en sa faveur. Deux jours plus tard, 109 socialistes et communistes, membres du Parlement Grec - un tiers de l'effectif - émirent une invitation à Ocalan pour venir en Grèce comme "leader du peuple le plus opprimé de la terre". L'invitation collective soutenue par le porte parole de l'assemblée grecque, Panayiotis Sgouridis, a été renouvelée à Rome par un parlementaire socialiste grec, après l'arrestation d'Ocalan.

 

A son crédit le gouvernement russe, sous la pression de la Turquie et des Etats Unis a expulsé Ocalan l'obligeant à se réfugier en Italie. Le choix du chef terroriste ne fut pas accidentel: le gouvernement italien est dominé par les ex-communistes de la Gauche Démocratique et soutenu par les autres communistes. Il est établi qu'un leader important à déjà exprimé son soutien à une demande d'asile politique d'Ocalan, cependant que les leaders des Verts et des communistes orthodoxes devenaient ses avocats. En fait, le communiste orthodoxe Guiliano Psiapia, un des avocats d'Ocalan est le président de la Commission de la Justice au Parlement Italien. Ainsi que le montre l'influent quotidien milanais la Stampa, le ministre de la justice communiste, Oliviero Diliberto est en face d'un dilemne: "Qu'est que peut faire le gouvernement italien d'abdullah Ocalan, leader du PKK et de la résistance kurde, un terroriste pour les autorités turques et allemandes qui souhaitent le mettre en prison et un patriote pour les Verts et les communistes italiens?" L'arrestation d'Ocalan soulève le problème sous-jacent de la complicité avec le terrorisme. Evalué à l'aune du nombre de victimes, Ocalan àle rare privilège de figurer au Panthéon des terroristes contemporains, où peuvent seulement rivaliser Guzman lui-même et l'autre pseudo-nationaliste maoiste Vellupilai Piraparahan des Tigres Tamouls du Sri Lanka. Que les partis dominants dans la Duma russe et de deux pays membres de l'OTAN, l'Italie et la Grèce, soutiennent ouvertement et glorifient Ocalan, pose un sérieux problème . Le cas de la Russie fait craindre qu'en cas de retour aux affaires des anciens communistes à la place de Yeltsin, les vieilles habitudes de la Guerre Froide de large soutien au terorisme international redeviennent d'actualité. Quant à la Grèce, il semble que son réflexe traditionnel de soutien à tout ce qui peut nuire à la Turquie commence à atteindre des sommets  dans l'irrationnalité et la provocation, ce qui n'est pas un bon présage pour la stabilité du flanc sud de l'Alliance.

 

L'Italie détient un triste record dans les relations avec les terroristes internationaux: ils s'évadent régulièrement de ses prisons, reçoivent l'asile politique où sont autorisés à transiter librement. Il serait important de savoir si les ex-communistes dominant le gouvernement de Rome sont réellement devenus démocrates ou si ils partagent la thèse de l'"Internationalisme Prolétarien" avec Ocalan et la mette au dessus de la justice et du bon sens. En outre un refus Italien d'extrader Ocalan  pourrait définitevement compromettre les relations dèjà tendues entre l'Europe et la Turquie et  ridiculiser les pontifications de l'Union Européenne en faveur des droits de l'homme et du droit international. Mieux, si Ocalan est libéré après une campagne qui a couté la vie à 30 000 personnes au nom du maoisme, alors que Pinochet est jugé pour la mort de 3000 dans sa lutte contre le communisme, nous aurons la démonstration que la faculté d'hypocrisie politique des Européens n' a pas été entamée par la chute de l'Union Soviétique.
 

Courrier International a publié dans son n° 421 ( du 26 novembre au 2 décembre 1998 ), un dossier sur la question kurde, comprenant divers extraits de la presse internationale que je vous laisse le soin, si vous le souhaitez, de consulter dans cet excellent journal. En voici l'éditorial ( Le bloc-notes d'Alexandre Adler ), suffisamment objectif, à mon sens pour apparaitre dans cet exposé.



 

LA QUESTION KURDE FACE AU KEMALISME TURC

La question kurde est parvenue à un tournant historique tout à fait remarquable, en partie masqué par les vicissitudes que subit Abdullah Öcalan (Apo, selon son pseudonyme de clandestinité), le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Chassé de ses bases syro-libanaises par une pression turque sans précédent sur Hafez el-Assad, Öcalan a également vite perdu le soutien des Russes, alors que, paradoxalement, le grand connaisseur des problèmes kurdes au KGB qu'était Evgueni Primakov dirige le pays. On sait que les pressions américaines sur Moscou ont des chances d'etre entendues au moment ou se discute la relance eventuelle d'une aide du FMI à l'économie dévastée de la Russie; mais on ignore, en Occident, que Primakov - qui apprécie bien davantage le leader kurde irakien Massoud Barzani n'a que peu de sympathies personnelles pour cette sorte de Pol Pot prosoviétique qu'est Öcalan, dont la violence systématique et gratuite, le sectarisme absolu et le dogmatisme national-marxiste n'ont rien d'engageant. Enfin, la Russie peut-elle encourager au Kurdistan turc ce qu'elle s'efforce de combattre chez elle, avec le séparatisme tchétchène notamment ?

 

Donc, Öcalan, chassé de Damas et de Moscou, a choisi d'atterir à Rome, à cause sans doute de la rhétorique prokurde des anciens communistes italiens. Rome n'avait aucune raison juridique et politique de l'extrader vers la Turquie, mais a pris sa décision sans grace ni intelligence diplomatique, en l'aggravant avec les propos ridicules et odieux du ministre de la Justice communiste, Oliviero Diliberto ("Nous briserons les reins aux Etats-Unis"), qui font douter du sérieux du gouvernement de D'Alema. Il reste que le facteur PKK est en train de passer au second plan, ce qui, loin de faire disparaitre la question kurde, ne peut que la faire rebondir.

 

Tout part de l'évolution spectaculaire de la diplomatie iranienne: depuis l'arrivée de Mohammad Khatami au pouvoir, celle-ci, en effet, revient vers l'approche plus traditionnelle de bonnes relations avec la Turquie, au détriment de l'alliance syrienne chère au défunt Khomeyni. Ainsi, loin de défendre le point de vue de Damas sur son droit à abriter le PKK, les Iraniens ont joué cette fois-ci la carte des bons offices entre Turcs et Syriens, faisant comprendre à ces derniers qu'ils ne les soutiendraient pas militairement dans un bas de fer avec Ankara. Les Iraniens ont également cessé tout soutien financier au PKK. En échange, les Turcs ont cessé à leur tour d'épauler discrètement les sunnites irakiens de Saddam Hussein contre les chiites et les Kurdes d'Irak. Ainsi Téhéran a-t-il engrangé chez les militaires turcs ce que, jusqu'ici, Washington essayait vainement d'obtenir d'eux : leur consentement à la renaissance d'un réduit kurde semi-indépendant sur territoire irakien, dirigé par Massoud Barzani. Dans le même temps, gendarmes et fantassins turcs sont en train de venir à bout des maquis du PKK par les grands moyens.

 

Mais cette double victoire militaire et diplomatique d'Ankara, loin d'effacer la question kurde, permet au contraire de la reposer dans ses véritable dimensions. Absurde, en effet, a toujours été le projet de création d'un Etat kurde séparé, sur le territoire turc, par la violence armée. Plus cette hypothèse inacceptable s'éloigne, plus les contours d'une solution négociée s'imposent en fait au regard. Les Kurdes de Turquie sont inséparables des Turcs et plus encore de la révolution laique kémaliste, qui les a considérablement coupés de leur culture traditionnelle. Le million et demi de Kurdes d'Istanbul, les dizaines de milliers de Kurdes assimilés qui reussissent fort bien dans la société turque, les centaines de milliers d'enfants de couples mixtes turco-kurdes témoignent, chacun à leur manière, de cette ancienne symbiose.

 

Mais les Kurdes dont la culture, méme en Iran, demeure très influencée par l'héritage ottoman- ne pourront, en revanche, jamais accepter de renoncer à leur langue, à leurs traditions iraniennes ( la féte du Nowrouz, par exemple, célébrée comme chez les Persans), à leur conception très démocratique du rôle de la religion et de l'émancipation des femmes, qui a fait d'eux partout les grands soutiens de la gauche libérale ou communiste. Du Turc Yachar Kemal au Syrien Khaled Bagdache et à l'Iranien Karim Sandjabi, on ne compte plus les intellectuels kurdes assimilés qui ont porté dans leurs Etats respectifs la banniére de la "liberté des modernes" en terre d'islam. Ce mouvement porte irrésistiblement les Kurdes vers les Turcs, pour peu que ces derniers acceptent enfin de jouer l'esprit du kémalisme ( la laïcité) contre la lettre du kémalisme: l'assimilation jacobine trop brutale de tous les citoyens à l'ethnogenèse turque.

 

Par ailleurs, un règlement progressif de la question kurde en Turquie ouvrirait la voie, dans un espace géopolitique beaucoup plus vaste, à une réconciliation historiquement et politiquement nécessaire d' "Iran" et de " Touran", des persanophones et des turcophones qui s'entremêlent et s'affrontent parfois dans la question de l'Azerbaïdjan, turcophone et divisé, symétrique de celle du Kurdistan, et dans celle de l'hégémonie ouzbèke (turcophone) au Tadjikistan (persanophone). Cette réconciliation ne peut s'opérer que si laïcisme modernisé des Turcs et des Kurdes tend à présent la main au chïsme modéré - en crise - des amis de Khatami à Téhéran.
 

 

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Publiés dans le même Courrier International, voici deux exemples édifiants de la "prose" d'Apo:

Dans son propre journal, Serxwebun ("indépendance"), publié en Allemagne, le leader kurde Abdullah Öcalan, surnommé Apo, n'hésite pas à méler culte de la personnalité et léninisme. Extraits.

 

Ce que que je suis:

 

"Moi, j'ai une technique que peu de gens auraient pu imaginer: devenir à moi seul une armée, une force de mobilisation extraordinaire, un évènement en soi. Je suis actuellement une technique d'organisation. Ma pensée est totalement intégrée à cette technique. Je vaux tout seul tout autant que tout le PKK et je vais de l'avant contre vents et marées. Si un peuple manque d'argent et d'armes, s'il n'a pas d'appuis solides derrière lui, son leader peut s'élever à un niveau ou il compensera ses manques. Voilà, c'est ce que je suis. L'homme est donc une technique encore plus redoutable que la bombe atomique, il est une arme. C'est ce que j'ai démontré...Ce que les philosophes pourraient dire pendant toute une vie, je peux le dire en une minute."

 

Ce que sera l'"apoïsme":

 

"Je suis dans cette grande lutte comme un prophète comtemporain. Mais comme l'humanité s'est entachée de mensonges, elle a du mal à me comprendre. Ce sont surtout les enfants qui me comprennent. Et ceux qui sont totalement illettrés. Chacun trouve en moi la personne enfouie au fond de lui même, la personne qu'il ne peut pas atteindre(...) Le XXIème siècle promet d'être le siècle de l'apoïsme. C'est Lénine qui a analysé les contradictions du XXème siècle et qui a montré la solution avec la grande révolution d'Octobre. Come le XXème siècle est appelé le siècle du léninisme, le PKK et sa direction marqueront le XXIème siècle en résolvant les questions actuelles de l'humanité et en montrant la voie avec la révolution du Kurdistan. C'est par ailleurs par peur de voir le PKK répandre une nouvelle vague révolutionnaire dans le monde entier que l'impérialisme multiplie ses attaques sans gêne contre lui et contre le président Apo..."

 

Ce délire mégalomaniaque et paranoïoaque, mèlé de rhétorique maoiste pourrait se suffire à lui-même pour déconsidérer le personnage. Mais il semble malheureusement que tel le gourou d'une secte, le personnage fascine et pas des moindres. Danièle Mitterrand qui semble avoir un faible pour les dictateurs pourvu qu'ils s'affirment de gauche (tel Fidel Castro) a pris le parti, au nom des droits de l'homme et avec son organisation France Libertés, de notre tyran en devenir. Je le répète encore, la cause des Kurdes peut attirer la sympathie, le gouvernement turc a fait l'erreur d'une intransigeance absurde, mais est-ce en exécutant sommairement des civils et des enfants que va se produire l'ouverture souhaitée? Que souhaite vraiment Apo, le bien-être des kurdes où satisfaire un goût immodéré pour le pouvoir et la gloire sordide? Le gouvernement turc finance un projet de dévelopement du Sud-Est Anatolien (GAP) afin de combler le retard économique de cette région  qui est la cause essentielle de la révolte des kurdes et que fait Apo? Il fait détruire les nouvelles routes, assassiner des ingénieurs En effet, si on s'attaque aux sources du problème, il craint de se retrouver seul à crier dans les montagnes, comme il dit lui même que les illettrés sont les seuls à le comprendre, il vaut mieux que la population reste miséreuse et analphabète!

 

Ayant fréquenté ces milieux extrémistes quand j'étais étudiant, je reconnais bien là l'idéologie qui, à l'instar de la Fraction Armée Rouge (autrement dit la tristement célèbre Bande à Baader), pronait de forcer les gouvernements à adopter des législations répressives dans le but de montrer que la démocratie n'était qu'un leurre utilisé par l'impérialisme pour asseoir sa domination! En langage normal, forçons les gouvernements à devenir totalitaires pour justifier notre propre radicalisation.

 

Comment des soi-disant défenseurs des droits de l'homme peuvent-ils se laisser prendre par ce type de discours? Aucune cause ne peut justifier l'assassinat d'innocents sous le prétexte que la fin justifie les moyens. Le siècle à montré à force de carnages la vanité de ces idéologies. La plupart des kurdes ont trouvé leur place dans la société turque, leur influence dans cette société pourrait aller dans le sens de sa plus grande démocratisation ( voir le premier article) et non dans celui d'attiser des haines qui, dans le fond populaire anatolien, n'existent pas.

 

Envoyons dans les poubelles de l'histoire tous les Abdullah Öcalan, Pol Pot, Lénine, Staline, Mao, Hitler et consorts qui ne sont que la même manifestation du refus de considérer l'humanité dans sa globalité, d'idéologies  affirmant la supériorité d'élites raciales, nationales, ethniques où d'"avant-gardes" dont l'unique et véritable but sont d'assurer un pouvoir sans partage à leurs leaders au mépris de toute démocratie et, à fiortiori, des droits de l'homme dont ils n'ont cure.

 

Il semble qu'en Europe en particulier, il y ait une sorte de nostalgie romantique des révolutions et révolutionnaires et une amnésie totale concernant les victimes. Ces doux rêveurs qui utilisent le mot démocratie à tort et à travers ne se rendent même pas compte que l'idée même de révolution est antinomique de cette même démocratie et que la violence ne doit être que le dernier recours défensif dans un système qui ne peut ou ne veut plus évoluer. Il y a chez nous une tradition bien établie qui affirme que ce sont les conflits armés qui font évoluer les sociétés, mais comment pourrait-il en être autrement dans des pays qui glorifient dans l'enseignement de l'histoire leurs bouchers respectifs? Il n'y a qu'a, par exemple, voir le culte dont à longtemps fait l'objet (mais faut-il parler au passé) notre Napoléon national!

 

 

 

 

 

 

 

 

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